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L'attachement

la note moyenne est 4.2 sur 5

Avec L’Attachement, Carine Tardieu poursuit son exploration des sentiments discrets et des bouleversements intimes. Adapté du roman L’Intimité d’Alice Ferney, le film s’ouvre sur un drame indicible : une jeune mère meurt en couches, laissant derrière elle un compagnon sidéré et deux enfants. À partir de cette absence brutale, la réalisatrice choisit de ne pas filmer le fracas, mais les répercussions — ces ondes lentes et profondes qui redessinent les vies.

L'attachement

Au centre du récit se tient Sandra, libraire indépendante, femme cultivée, farouchement attachée à son autonomie. Rien, dans son existence soigneusement organisée, ne la destinait à s’immiscer dans la vie de ses voisins. Et pourtant, presque malgré elle, la voilà entraînée dans le quotidien d’Alex, le père désormais seul, et de ses enfants. Ce qui se joue alors n’est ni une romance évidente ni un simple élan charitable, mais la naissance progressive d’un lien inattendu. Tardieu excelle à montrer comment l’attachement se construit à bas bruit : dans les gestes les plus simples, les services rendus sans emphase, les silences partagés.

La grande force du film tient à sa retenue. Là où d’autres auraient cédé au mélodrame, la cinéaste préfère l’économie. Elle filme les corps fatigués, les regards qui se cherchent, les hésitations. Le deuil n’est pas un motif spectaculaire mais un état diffus, une brume dans laquelle chacun avance à tâtons. Cette pudeur donne au film une densité émotionnelle rare : l’émotion ne déborde jamais, elle affleure.

Pio Marmaï livre ici l’une de ses compositions les plus touchantes. Son Alex n’a rien d’héroïque ; il est débordé, fragile, parfois maladroit. L’acteur fait exister la stupeur d’un homme qui doit continuer à tenir debout alors que tout vacille. Il parvient à rendre palpable l’épuisement, mais aussi l’amour viscéral pour ses enfants, qui l’empêche de sombrer. Face à lui, Valeria Bruni Tedeschi compose une Sandra complexe, à la fois sur la défensive et profondément sensible. Elle insuffle au personnage une nervosité, une ironie légère, qui masquent mal la peur de s’attacher — comme si aimer exposait nécessairement à la perte.

Il faut aussi saluer la très belle performance du jeune César Botti dans le rôle d’Eliott. L’enfant échappe à toute mièvrerie. Son jeu est d’une justesse désarmante : il traduit le chagrin, l’incompréhension et le besoin d’affection avec une sobriété remarquable. Dans ses silences comme dans ses élans, il donne au film une vérité supplémentaire. Certaines scènes reposent presque entièrement sur son regard, et il les porte avec une maturité impressionnante sans jamais cesser d’être un enfant.

Au fil du récit, L’Attachement interroge en creux la notion de famille. Qu’est-ce qui fait lien ? Le sang, la loi, le choix ? Le film suggère qu’une présence constante, attentive, peut devenir aussi essentielle qu’un héritage biologique. Il ne s’agit pas de remplacer, mais d’ajouter. Pas de combler une absence, mais d’accepter qu’un nouvel équilibre puisse émerger.

Carine Tardieu signe ainsi une œuvre délicate sur la manière dont les êtres se rejoignent dans leurs fragilités. Sans grands discours, sans effets appuyés, elle capte ce moment presque imperceptible où l’on cesse d’être étranger à la vie de l’autre. L’Attachement touche précisément parce qu’il ne cherche pas à forcer l’émotion : il observe, il accompagne, et laisse au spectateur le temps de ressentir. C’est dans cette modestie que le film trouve sa plus grande force.

Chronique ajoutée ce 11 février à 9h37.

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