La femme la plus riche du monde
Il y avait pourtant matière à un grand film : un fait divers fascinant, librement inspiré de l’affaire Bettencourt, un duo d’acteurs de renom, et la promesse d’une satire acide des ultra-riches. Mais La Femme la plus riche du monde rate largement sa cible, et laisse surtout l’impression d’un film lisse, étiré et dramatiquement mal construit.

Dès les premières minutes, le problème s’installe : Thierry Klifa semble hésiter en permanence entre plusieurs tons — comédie grinçante, satire sociale, drame intime — sans jamais en choisir un. Le résultat est un objet hybride, sans véritable colonne vertébrale. Le scénario, pourtant inspiré d’une histoire réelle puissante, apparaît flou et mal ficelé, comme dilué dans une succession de scènes qui peinent à faire avancer le récit.
Cette impression est renforcée par un rythme inégal. Le film s’étire, multiplie les longueurs, et peine à maintenir une tension dramatique pourtant essentielle dans une histoire d’emprise et de manipulation. Là où il aurait fallu une montée progressive vers le malaise ou la tragédie, on assiste plutôt à une succession de séquences parfois anecdotiques, souvent répétitives, qui finissent par désamorcer tout enjeu.
Côté interprétation, le déséquilibre est frappant. Laurent Lafitte est clairement le seul à insuffler de la vie au film. Excessif, imprévisible, parfois vulgaire, il apporte une énergie salutaire et incarne à lui seul ce que le film aurait pu être : mordant, dérangeant, vivant. Ce n’est pas un hasard s’il a été largement salué, jusqu’à décrocher le César du meilleur acteur .
En face, Isabelle Huppert livre une performance étonnamment plate — ou plutôt conforme à ce qu’elle fait souvent. Une variation de son jeu habituel, froide, distante, presque automatique, sans véritable surprise. Le personnage aurait pu être troublant ou ambigu ; il reste ici figé, comme enfermé dans une partition trop connue.
Quant à Marina Foïs, elle semble complètement à côté du film. Son interprétation, censée incarner la tension familiale, tombe souvent dans l’excès ou la caricature, au point de décrédibiliser certaines scènes pourtant cruciales.
Il reste donc un film porté à bout de bras par un seul acteur, prisonnier d’un scénario bancal et d’une mise en scène sans relief. Une occasion manquée, qui illustre paradoxalement ce qu’elle raconte : derrière le vernis du luxe et du prestige, il n’y a parfois… pas grand-chose.
