Ibiza a beaucoup changé - Frédéric Beigbeder
Avec Ibiza a beaucoup changé, Frédéric Beigbeder poursuit dans une veine déjà bien installée : celle de l’auto-commentaire nostalgique. Mais ici, le procédé semble tourner à vide.

Sous couvert d’un recueil fragmenté mêlant nouvelles, souvenirs et réflexions, le livre donne surtout l’impression d’un assemblage sans véritable structure, où les textes s’enchaînent sans cohérence ni progression. Cette forme éclatée, qui pouvait autrefois passer pour audacieuse, ressemble davantage ici à un manque de rigueur éditoriale.
Le cœur du livre — Ibiza, les années 1990, la fête — est traité sur un mode exclusivement nostalgique. Mais cette nostalgie devient vite pesante : chaque page semble regretter un passé d’excès, d’alcool et de liberté sans entraves, sans jamais vraiment le questionner. Le regard porté sur le présent, notamment à l’ère post-#MeToo, paraît en creux teinté d’amertume, comme si l’époque actuelle avait injustement refermé une parenthèse hédoniste idéalisée.
Ce qui pouvait autrefois faire le sel de Beigbeder — son ironie, ses formules rapides, son sens de la provocation — donne ici une impression d’usure. Le ton oscille entre désenchantement et ressassement, sans retrouver l’énergie ni la lucidité mordante de ses meilleurs textes.
Difficile, dès lors, de ne pas se poser la question : un tel recueil aurait-il trouvé un éditeur s’il avait été signé par un inconnu ? L’ensemble manque de tenue, de nécessité, et surtout de renouvellement. On y voit moins un projet littéraire qu’un prolongement de posture.
Au final, Ibiza a beaucoup changé ressemble moins à une réflexion sur une époque qu’à un long regard tourné vers l’arrière, parfois complaisant, souvent répétitif. Un livre qui donne le sentiment d’un auteur enfermé dans son propre mythe — et qui peine à dialoguer avec le présent.
Chronique ajoutée ce 30 avril 2026 à 21h19.
