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L'étranger

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Adapter L’Étranger relève presque de l’impossible. Le roman de Albert Camus ne repose pas sur l’action, mais sur une intériorité sèche, un regard détaché sur le monde, une mécanique de l’absurde profondément littéraire. Avec L’Étranger, François Ozon semble conscient du défi — mais son film en porte surtout les limites.

L'étranger

Dès les premières scènes, Meursault apparaît comme une énigme. Mais là où le roman nous enfermait dans sa perception, le film nous en exclut. Le choix d’une mise en scène froide, presque clinique, finit par créer une distance qui n’est plus signifiante mais simplement stérile. On observe, mais on ne pénètre jamais vraiment ce qui fait la singularité du personnage.

Le problème majeur reste toutefois l’absence de voix intérieure. Chez Camus, chaque phrase construisait le vertige. Ici, le silence de Meursault n’est plus un langage mais un vide. Le spectateur se retrouve face à un personnage fermé, sans clé d’accès. Ce qui, dans le livre, relevait d’une expérience existentielle devient à l’écran une forme d’indifférence difficile à habiter.

Au fond, cette adaptation donne l’impression d’un respect trop rigide. En refusant de trahir le roman, François Ozon s’interdit aussi de véritablement le réinventer. Le résultat est un film appliqué, parfois esthétique, mais souvent figé, qui illustre plus qu’il n’incarne.

Et cela pose une question essentielle : est-ce qu’un grand livre fait forcément un grand film ? La réponse est non. Et c’est précisément en cela que chaque art a sa place — parce que le cinéma, comme la littérature, ne doit pas se contenter de traduire : il doit transformer, proposer autre chose, au risque sinon de ne produire qu’une œuvre en creux.

Chronique ajoutée ce 1er avril 2026 à 16h05.

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